Prix Roman News – Rencontre « Soi à travers l’art »
Samedi à 15h30 – Amphithéâtre Landowski
En signature samedi à l’hôtel de ville.


Il a 17 ans quand il s’enfuit de chez lui. Sauve qui peut, il faut échapper à ce père vampire qui risque de le dévorer, largement évoqué dans Profession du père (2015) et plus récemment dans Enfant de salaud (2021). Sorj — alias Kells — échoue sur le pavé parisien sans le sou, à la merci de la violence des autres, contraint de se défendre contre la sienne qui couve. Il est rattrapé par le col par des membres de la Gauche prolétarienne, nourri, logé, encouragé. Mais la « cause du peuple » peut comporter des lignes rouges… Le futur journaliste et grand reporter construit alors l’homme qu’il est devenu. Avec ce douzième roman, Sorj Chalandon écrit enfin les derniers mots de son histoire familiale. Dense, fort, sincère, l’un des succès de la rentrée 2025.
Pourquoi ce titre ? Qui est Kells ?
Kells est le nom que je m’étais donné dans la rue, emprunté au Livre de Kells, un évangéliaire irlandais du
IXe siècle réalisé par des moines, dans le village de Kells. Une carte postale, représentant une page de ce missel, était collée au-dessus de mon lit d’enfant. Je me suis enfui avec de chez mes parents, comme un talisman. Et lorsque je me suis retrouvé sans toit à Paris, j’ai été entouré de jeunes qui avaient tous un faux nom, un nom de code ou de fuite. Kells fut le mien.
À 17 ans, seul, dans la rue, comment survit-on ?
On survit seul, sans aide, jamais. Faim, froid, profonde solitude, je me suis attaché à ne devenir ni une proie ni un prédateur.
La violence est un leitmotiv dans le récit, toujours présente…
La violence est indissociable de la rue. Je n’ai jamais connu de solidarité de trottoir. L’autre est une menace, un adversaire, un danger ou un ennemi. Et plus tard encore, « recueilli » par des femmes et des hommes militants antiautoritaires, la violence persistait car l’époque elle-même était d’une violence folle, sociale et morale.
Qu’est ce qui déclenche l’envie de Kells, alias vous, de s’en sortir ?
La peur de rester dans la rue, de mourir dans la rue. Je n’ai eu d’autre choix que de prendre les mains
tendues. Par miracle, ces mains étaient amies.
Vous parlez de cet ouvrage comme d’un « chaînon manquant » dans le récit de votre histoire sur plusieurs livres. La boucle est-elle bouclée ?
Oui, chaînon manquant car j’ai travaillé sur le père fou, violent, raciste et antisémite et l’enfant battu mais jamais je n’avais encore « osé » écrire sur le départ de la maison familiale. Osé, car il m’a fallu avouer la rue et la violence, ce qui n’était pas à ma portée avant ce roman-là. Le Livre de Kells referme en fait le Livre de Sorj.
Merci d’être un fidèle de longue date de notre Salon du livre, que vous avez présidé en 2019 !
Lorsque l’on est reçu avec gentillesse et élégance, la moindre des choses est de rendre cette fidélité.
(Propos recueillis par Christiane Degrain)
