Rencontre « Par amour » – Samedi à 17h30
Hôtel de ville, salons d’honneur (1er étage)
En signature samedi à l’hôtel de ville.


Jonas et Lucie s’aiment. Lui est juif, elle non. Comment faire cohabiter deux identités sans éclipser l’une ou l’autre ? Sur Jonas pèsent des obligations, et aussi la mémoire de la Shoah. Quand leur fils Ariel atteint deux ans, il commence à se montrer brutal. Que dit cette violence de son histoire et de celle de ses parents ? Un roman drôle et tendre par une jeune autrice qui explore avec justesse les complexités des couples mixtes et des héritages culturels.
Que signifie le titre de votre livre ?
C’est le choc de l’inattendu qui vient contrarier les projets, voire les projections qu’on avait soigneusement dessinées. Parfois on a de la chance, comme Thomas Jolly, et la pluie rajoute un grain, une profondeur, la parade se tient, elle est même magnifiée. Parfois, il pleut trop fort, et il n’y a plus qu’à trouver un abri. C’est le réveil irrépressible des affects identitaires au sein d’un couple qui s’identifie comme progressif. C’est la violence d’un enfant isolant ses parents qui rêvaient de vivre leur parentalité avec leurs amis.
Où cette histoire trouve-t-elle ses racines ?
Sans marcher dans les pas de la narratrice, je me suis confrontée à des difficultés analogues. Je suis mariée à un homme juif. Au début de notre relation, les différences entre nous n’en étaient pas vraiment. À mesure que nous progressions dans notre vie de couple, j’ai vu l’importance croissante que prenaient certains rites, et comment certains affects liés à nos cultures respectives se révélaient après être restés enfouis. Puis, avec l’arrivée des enfants, j’ai observé comme ils se sont imposés à nous ; à mesure que la question de la transmission s’accroissait, la problématique s’intensifiait.
Ariel, le petit garçon de ce couple mixte, se révèle violent. Que porte-t-il à l’intérieur de lui ?
Ariel est un enfant intelligent et sensible. Ces deux belles qualités l’exposent hélas tout particulièrement à la violence de son héritage inconscient comme à celle des conflits plus conscients qui agitent ses parents. Ce sur quoi ses parents ont bâti leur philosophie est insuffisant pour l’apaiser ; il va falloir aller plus loin.
Le livre contient une bonne dose d’humour, la fin est optimiste… Les enfants ne sont pas ce que l’on veut qu’ils soient, mais on peut le surmonter ?
Il faut se résoudre à la fatalité : la parentalité ne peut pas être surmontée. Et pourtant elle le doit bien ! C’est tout le tragique d’une situation qui n’a que l’échec comme issue. C’est une question qui traverse notre génération qui se démarque par son incertitude : comment élever un enfant dans un monde où nous peinons déjà à tenir sur nos propres jambes ?
(Propos recueillis par Christiane Degrain)
